AFBH-Éditions de Beaugies 
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Les Jeudis du Songeur (354)

HUMANISME

Conformément au projet annoncé le 6 juin, nous poursuivons ici la citation d’extraits de quelques mots-concepts qui sont expliqués dans le Dictionnaire portatif du Bachelier :


HUMANISME. n. m.Sens historique. Vaste mouvement intellectuel et littéraire du XVIe siècle, qui se caractérise par une vive admiration pour les cultures grecque et latine et par la volonté de contribuer à l’épanouissement de l’homme dans toutes ses dimensions (aussi bien culturelle que politique). L’humanisme est un moment essentiel du développement de la culture européenne. Il a pris naissance dans l’Italie du XVe siècle et, comme mouvement d’idées, fait partie intégrante de la Renaissance. Les humanistes (Érasme, Th. More, Rabelais, Montaigne, etc.) étaient animés d’une soif extrême de savoir et, en particulier, passionnés par l’étude des langues anciennes. Après le Moyen Âge, qui leur paraissait une époque d’obscurité et de sclérose intellectuelle, ils pensaient fonder la « renaissance » de la pensée sur un retour aux œuvres de l’Antiquité, sur l’étude de leurs textes originaux, et sur les valeurs humaines développées par la civilisation gréco-latine (qu’ils jugeaient compatibles avec celles du christianisme). Cette jonction entre l’étude des textes anciens et le souci de développer la conscience humaine grâce à elle explique que le terme humanités (au pluriel) puisse signifier l’étude de la langue et de la littérature grecques et latines (on disait en ce sens Faire ses humanités).

Sens philosophique. Doctrine philosophique qui a pour but l’épanouissement de la personne humaine. Attitude d’esprit qui fait de l’être humain la valeur suprême, dans la vie personnelle aussi bien que collective. Dans ce sens, le mot « humanisme » est très large : toute pensée, tout discours centrés sur l’homme peuvent être jugés humanistes. D’autre part, la référence à l’humanisme est si fréquente ou si vague que le terme s’est usé. Des penseurs ont notamment reproché à « l’idéologie bourgeoise » de faire de l’humanisme, ou du recours abstrait à la notion d’Homme, le moyen de masquer des intérêts économiques ou des systèmes sociaux inégalitaires. Pour bien préciser les divers emplois du terme, on distinguera sommairement :

l’humanisme philosophique en tant que tel, par principe agnostique, qui met l’homme au-dessus de toute chose. Cet humanisme est illustré par l’existentialisme de Sartre (« L’existentialisme est un humanisme ») ou par la position de Camus (l’homme se révolte contre l’absurde, donne lui-même sens à son existence, tente de se construire un avenir collectif) ;

l’humanisme chrétien, qui se refuse à opposer, comme l’humanisme athée, la volonté de Dieu à la liberté de l’homme. Pour les chrétiens, Jésus-Christ se faisant Homme pour sauver et magnifier l’Humanité, la foi en Dieu est inséparable du devoir de « développer tout l’Homme et tous les hommes » (voir Christianisme). Le personnalisme de Mounier illustre cette vue ;

l’humanisme marxiste, qui prend la notion d’homme dans un sens essentiellement collectif. L’homme n’est pas un concept idéaliste : l’homme, ce sont les hommes concrets tels qu’ils se trouvent historiquement situés. Ils doivent se libérer de leur aliénation (voir ce mot) et construire ensemble, en dépassant la lutte des classes, une société future fraternelle. La valeur suprême est donc l’homme-Humanité ; l’objectif est de faire avancer l’Histoire pour hâter la venue de la société sans classes.

Le Songeur  (18-07-2024)



(Jeudi du Songeur suivant (355) : « LA LOI » )

(Jeudi du Songeur précédent (353) : « ESSENTIALISME ET EXISTENTIALISME » )