AFBH-Éditions de Beaugies 
AFBH

La véridique histoire

du

CÉRÉBRO-SCRIPTEUR


— 3 —

Où il s’avère que le Cérébro-Scripteur imprime à distance toute pensée qui émerge, quelle qu’elle soit ! Il suffit d’être branché…

(Episode précédent))


— Comment, reprit avec effroi Jean-Pascal, tu laisses entendre que j’aie pu générer toute cette page, en dormant ?

Avec délicatesse à l’égard de son époux, qu’elle admirait, Jika chassa cette hypothèse de son esprit :

— On peut difficilement imaginer que tu en sois l’auteur, en effet ! Je ne reconnais en toi ni un violeur ni un meurtrier. Sauf si l’appareil, par-delà les pensées pures et claires, se met à capter aussi les pulsions inconscientes.

— Tu veux dire que je couve un Mister Hyde ?

— Je ne dis pas cela.

— Mais tu le penses un peu ?

— Nous cherchons ensemble, mon chéri.

— Eh bien… tu n’as pas tort ! Il y a sans doute en moi, comme en toi, comme en chacun de nous, des restes de ce cerveau primitif dont notre cervelet conserve, dit-on, l’infrastructure originelle.

Jika sourit. Cet aveu la rassurait. Elle reprit :

— Elle te plaît donc tant, la Secrétaire du Directeur ?

— Bof, si tu savais son âge…

— Et le Comptable ? Tu veux vraiment crever ses pneus, ou le crever lui-même ?

— Je te signale qu’il n’est pas Comptable mais Contrôleur de gestion. Et qu’il vient toujours en train.

— Il n’a pas tort !

Visiblement soulagée, Jika était partagée entre l’impatient désir de se jeter au cou de son mari génial et l’envie immédiate de savoir comment fonctionnait le Cérébro-Scripteur. Méthodique par profession, elle commença par l’embrasser, puis posa la question :

— Et alors, comment ça marche ?

Il était temps pour Jean-Pascal Félix, d’exposer l’objet de ses recherches et le principe de son invention.

— L’idée est simple, fit-il, mais la réalisation complexe. Je suis parti d’un fait unanimement reconnu à présent : l’existence de la télépathie. C’est là un exemple naturel, si étonnant soit-il, d’émission-réception. Certes, tout le monde ne reçoit pas des messages troublants venus des êtres les plus chers ; mais tout le monde en diffuse. Notre cerveau ne cesse d’émettre, de rayonner et réagir, d’envoyer des radiations dans l’espace. Il est un système électro-magnétique qui agit en permanence. Ce que prouve l’électro-encéphalogramme du moindre animal en vie, fût-ce du sujet humain le plus stupide. Or, si le cerveau ne cesse d’envoyer ces flux incessants, à courte ou longue distance, la télépathie montre qu’il est tout aussi capable de les recevoir.

— Oui, et alors ?

— Tu sais que, d’ores et déjà, nous possédons des logiciels capables d’opérer la reconnaissance des voix, puis de transcrire directement sur Word les mots et segments syntaxiques qu’ils reconnaissent.

— Oui, sans doute, mais j’ai essayé cela il y a trois-quatre ans, et ce n’était pas au point.

— Aujourd’hui, ça l’est. Une fois les vocables reconnus, leur numérisation, la compréhension du sens par l’ordinateur, la mise en forme du texte et sa conservation, tout cela sont des problèmes résolus.

— Que reste-t-il à faire ?

— Presque rien et presque tout ! Transformer les ondes pensantes en vocables intérieurs. Ce qui suppose que l’on doive :

1/ Primo, capter ces ondes « pensantes » en les distinguant de la foule des autres, j’y reviendrai.

2/ Secundo : établir un lexique d’équivalences entre tout mot-concept, ou vocable-pensée, que porte une onde et la fluctuation électromagnétique qui le traduit, question de patience.

3/ Tertio : numériser alors les chaînes verbales obtenues, amplifier le flux recueilli, afin que celui-ci soit envoyé puis capté directement par l’ordinateur, puis transcrit en fichiers lisibles et imprimables, exactement comme le sont les courriers électroniques que tu reçois de tes contacts-amis. À la différence que le contact-ami qui t’envoie ce message… eh bien, c’est ton propre cerveau !

— ça tombe sous le sens, fit-elle. Et je dirais même : c’est clair comme de l’eau de roche non polluée.

— Arrête de piger si vite, Jika. Tu finirais par m’inquiéter…

(À suivre)


Le Songeur